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Sebastian Niebergall
Sebastian Niebergall
Il y a 14 heures Visibilité Public

Une villa, des couples, des trahisons. Les personnages sont des fruits.
Skibidi Tentafruit est une téléréalité entièrement générée par IA, lancée en mars 2026 par deux étudiants en école de commerce. En avril, elle dépasse les 160 millions de vues sur TikTok, devant un public majoritairement composé d'enfants et d'adolescent·es (RTS, avril 2026).
Trois sources cohabitent dans la même vidéo. Les personnages viennent du dessin animé, colorés et aux grands yeux. Le scénario vient des téléréalités pour adultes: des femmes hypersexualisées, des hommes dominants, des rapports de genre caricaturaux. Et les mots viennent du langage des jeunes. Certains, comme « tana », portent un sens que peu d'adultes connaissent: celui de prostituée.
Ces représentations ne sont pas nouvelles. En 2007 déjà, la campagne Orangina « Naturellement pulpeuse » mettait en scène des animaux sexualisés pour vendre un soda. Des stéréotypes sexistes que la publicité, la télévision et le cinéma font circuler depuis des décennies. Un modèle génératif ne les invente pas, il reprend ce qui lui a été donné à voir.
S'y ajoute un format pensé pour le fil: quelques minutes par épisode, une publication quotidienne, et une fin qui laisse chaque fois une question ouverte.
En juin 2026, TF1 s'associe aux deux étudiants à l'origine de la série et lance sa propre version, « Skibidi Exfruit ». Tollé immédiat. La presse parle de fiasco, les publications cessent en quelques jours. Le contenu, lui, n'avait pas changé. Ce qui avait changé, c'est qui le publiait.
À la télévision, un programme de ce type s'accompagnerait d'un « -12 » dans le coin de l'écran. Sur les réseaux sociaux, la question ne se pose pas.
Un adulte reconnaît le scénario et comprend les mots: il voit une histoire d'adultes. Un jeune voit des personnages de dessin animé qui parlent sa langue: il voit du divertissement. Même vidéo, des lectures différentes. Ce qui change, ce sont les repères de la personne qui regarde.
Diaboliser ne résout rien. Interroger et mieux comprendre aide. C'est tout l'esprit du « décod'image »: apprendre à « voir malin », derrière les écrans comme en nous-mêmes, pour gagner en liberté de jugement et en capacité de choix.

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